mardi 27 février 2024

Fra' Michel Angelo

 "Je pourrais parcourir le monde pour voir un Caravage... C'est d'ailleurs ce que j'ai fait" s'était exclamé un collègue de français, ambition que j'ai souvent partagée.

J'ai cherché les œuvres du peintre lombard dans tous les musées d'Europe, des palazzi de Gênes, des trésors de Florence aux collections du Museo Thyssen-Bornmisa. J'ai erré longuement dans les rues de Rome, à la recherche d'une chapelle, d'une église, et elles ne manquent pas, qui cacherait l'une des ses toiles. Seul dans certaines salles, face à la Décapitation d'Holopherne par Judith, que je projette souvent à mes classes ébahies, pour les initier aux forces telluriques du baroque. Je revois mon père déclencher l'alarme par trois fois du Palazzo del Banco di Napoli pour montrer de trop près un détail du Martyre de Sainte-Ursule. Je repense aux Sept Oeuvres de la Miséricorde aperçue dans une chapelle secrète du Decumanus, et à ces photographies qui montrent le déplacement de la toile entre les voitures et les passants de la via dei Tribunali. Je me souviens d'un matin d'hiver où je m'étais rendu à Rouen pour l'exposition consacrée aux deux représentations de la Flagellation du Christ; je retrouverais quelques mois plus tard l'extraordinaire version du Capodimonte de Naples, à côté de la Mort de la Vierge dans la grande galerie des Italiens du Louvres, et du portrait d'Alof de Wignacourt, grand maître de l'Ordre des Chevaliers de Malte.



Nous étions justement dans l'avion pour Malte, et la présence du Caravage n'y était pas pour rien dans l'inspiration que nous avions eue de nous rendre au beau milieu de la Méditerranée, plein de "tragique ensoleillé", comme disait Morand qui aura découvert La Valette à la fin de la course folle qu'était son existence. Je lisais alors La Solitude Caravage de Yannick Haenel comme Guide du Routard.

Le peintre est alors en exil, et se voit bousculé de part et d'autre de la Méditerranée. Un meurtre à Rome le contraint de fuir, ce qu'il fera toute sa vie. Le Latium, Naples. Puis il embarque pour Malte en juillet 1607. Admis dans l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem quelques mois plus tard. Et il continue de peindre. Cinq chefs-d'œuvre. Dont la Décollation de Saint-Jean-Baptiste, dans l'Oratoire de la co-cathédrale Saint-Jean. La Valette n'a pas même un siècle, et là voilà rivaliser avec les plus grandes capitales méridionales.



C'est la seule œuvre que le Caravage a signée, dans le sang qui gicle de la blessure du Saint. Fra' Michel Angelo: Frère Michelangelo Merisi. Haenel a une intuition sublime que seule permet la littérature: il y a dans cette scène la même indifférence des bourreaux que l'égorgement de Joseph K. à la fin du Procès. Et au loin, des témoins impuissants. Déportés de l'exécution. Presque en dehors du cadre.

Puis les habituels mauvais coups du sort. Le peintre y est habitué. On ne sait pas trop, peut-être encore un meurtre, une rixe, un complot. Il est incarcéré dans les geôles du Fort San-Angelo. Il s'évade, à la manière de Casanova de la prison des Plombs de Venise. Et son hallali reprend. Les chevaliers le destitue de son titre lors d'une cérémonie dans la chapelle oratoire de la cathédrale, le lieu même où l'un de ses plus grands tableaux gît. Il y est encore. Des sbires payés par l'Ordre le poursuivent sans doute. Le retrouveront en Sicile. Il manquera d'y perdre la vie, elle s'accrochera à lui coûte que coûte. Elle n'abandonne pas si facilement les fantômes. Naples encore, et le large.



A bord d'une galère, la fièvre se fait plus forte. On le débarque à Porto Ercole, la paroisse du village a gardé l'acte de décès. Un peu plus bas sur le littoral, on retrouvera Pasolini battu à mort sur une plage d'Ostie. Un peu plus au Nord, c'était le corps du poète anglais Shelley que l'on voyait s'échouer sur une plage de Ligurie. Des exilés eux aussi, toujours en fuite.

Le Caravage termine sa course à l'abîme en 1610. Il ne sera resté à Malte qu'une dizaine de mois. Aujourd'hui, pourtant, de nombreux voyageurs y viennent encore poursuivre son ombre.




mardi 6 février 2024

Lisbonne, voyage sans mouvement

 Pessoa a laissé pour l'éternité cette curieuse autobiographie sans événement qu'est son Livre de l'Intranquillité. Ce n'est qu'après coup que je me suis rendu compte que Lisbonne, où il avait une vie durant accumulé les papiers, avait été pour moi un étrange voyage immobile.

L'Océan y portait ses flux jusque sur les rives de la Praça do Comércio, le ressac rythmait les jours. La lumière était celle des confins, celle que l'on voit se faufiler entre la Tour Saint-Nicholas et la Tour de la Chaîne à la Rochelle.

On monte et descend quelques escaliers piranésiens, on se pose parfois non loin d'un kiosques pour laisser l'éternité s'écouler lentement. Il est toujours un peu midi dans de telles terres. On prend l'Electrico 28, pour le seul plaisir des cahots, des grincements. Terminus. Puis retour. Un voyage qui n'a de sens que pour lui-même, la destination devenue superflue. Je me souviens qu'enfant, en compagnie de ma grand-mère, j'adorais prendre le tramway de Saint-Etienne, petite ville qui compte elle aussi sept collines, pour remonter et redescendre la Grand-Rue, des Nouvelles Galeries au kiosque à musique de la Place Marengo, bercé par les tremblements du rail. Comme je le suis aujourd'hui par les allers-retours du temps.



Puis on grandit, et on reste toujours un peu le même.

A Lisbonne, j'ai pris le ferry pour m'en aller de l'autre côté du Tage, avec cette éternelle envie de vérifier ce qui se cache derrière l'horizon. On n'est jamais surpris, mais le détour en vaut la peine. Des soirs comme on en trouve dans les villes au bord du monde, en équilibre entre terre et mer.



Les nuits furent lentes, le sommeil éloigné. Longuement impassible dans l'obscurité. Les rêves en attente. Et les pas dès l'aube qui laissent le promeneur tourner en rond. Tout d'un coup l'horizon dégagé: les voûtes du Convento do Carmo s'ouvrent sur le ciel. On y pénètre, tremblant, sans jamais être ailleurs que dehors. Et l'on se demande alors quel seuil on a franchi.



L'Eglise a été détruite lors du séisme de novembre 1755, ce désastre qui avait eu tant de répercussion. Voltaire en parle. Leibniz aussi. Le monde entier ébranlé par la secousse lusitanienne. Tout est détruit. Puis le tsunami. Cent mille morts sans doute. On repense à l'Indonésie en 2004. Au Japon en 2011.

Les ruines sur la colline du Chiado rappellent la constance des catastrophes. La permanence de l'impermanence. 

Août 1988, le quartier est pris d'un terrible incendie. De nouveaux les villes en flammes ressurgissent des manuels d'histoire. Moscou, 1812. Londres 1666. Je ferai un jour la liste complète du Grand Incendie du Monde. Les reconstructions du Marquis de Pombal au lendemain du séisme sont anéanties. Châteaux de sables si vite dissipés. Et de nouveau tout à recommencer. Tant de chemins parcourus. Au même point cependant. Les siècles réduits à une seconde d'éternité.





mardi 30 janvier 2024

Epuiser Madrid

A la fin de l'hiver, comme ces premiers bourgeons qui répandent leurs parfums dans l'âme, je me surprends à penser à l'Espagne. Madrid m'appelle. Me rappelle à l'ordre. J'écoute alors Albéniz, relit Hemingway ou Montherlant et épluche les hôtels le long de la Gran Via.

Il arrive très souvent au printemps, lors de ces longs week-end d'avril ou de mai, que j'arpente de long en large l'avenue, j'y suis projeté dans de lointains souvenirs bien confus aujourd'hui. Alors je tue le temps au Casino, dernière étage, aux tables de jeux, m'imaginant Dostoïevski au coude à coude avec le monde, tous suspendus à la bille qui rebondit. Le rouge et le noir n'alternent jamais comme on le souhaite. Des gains, des pertes. Dilapidés de la même manière.


Les nuits, les vermouths, la pluie parfois, des aurores. J'y ai pourfendu l'existence à ma manière.

Tavernes, boui-boui, où manger sur le pouce des tapas sous des photographies de Manolete, se frayer un chemin dans la foule, une nuit brûlante de la Semaine Sainte. Des inconnus. Des solitaires, des solitudes. Des ruines égyptiennes aussi. Guernica bien sûr. Des bains maures. Des cafés con leche, quelquefois. Des langueurs, des fulgurances.

Parfois une apparition: une femme vêtue de rouge. Robe en satin, du moins je l'imagine ainsi. Ou un velours noir. Les mêmes couleurs que la muleta et le pelage du taureau. Le rimmel qui a coulé comme dans les toiles du Rosso, un parfum d'alcools et de cigarettes. Une haleine de braise refroidie.



Ava Gardner épuise Madrid. Les nuits y sont blanches. Elle traverse la rue, elle est poursuivie par des paparazzis. Dolce Vita. Movida. Elle découvre l'Espagne lors du tournage de Pandora. D'abord Tossa de Mar, avril 1950. Un pays sous dictature, des fêtes partout où elle passe. Il suffit de connaître les lieux. Tout est affaire de secrets. Paris sous l'Occupation c'est la même chose. La Prohibition au lendemain du Grand Krach aussi. Elle imagine les applaudissements, esquive une voiture puis une deuxième. Una Veronica, una Natural, Olé! Antoine Blondin, à la même époque, réalise ses faenas sur le bitume du Boulevard Saint-Germain. Leur taux d'alcoolémie se vaut.

La chambre au Hilton est un nid d'espions. Tout le beau monde s'y trouve, le demi-monde et le reste. Elle se lasse de tout, enchaîne les hommes, les bars. Miguel Dominguin s'y blesse plus que dans l'arène. Rien n'arrête la comtesse aux pieds nus.



Midi en plein minuit. Elle se retrouve entre 3 heures et 4 heures, du matin s'entend, au San Gines, la chocolaterie n'y ferme jamais, je suis allé vérifié, réveil de circonstances. J'aime les mouvements perpétuels. Le matin la tête à l'envers. Une petite idée au Prado, le Jérôme Bosch, un avant-goût. Des bavardages, des cris, des tertulias jusqu'à point d'heure. Des greguerias. Des sortes de haïku à hauteur de passant.

Ava n'est certes qu'une apparition, mais elle y laisse son empreinte.

Mieux, comme tous les fantômes: son aura.


Bibliographie: 

-Les Nuits d'Ava, Thierry Froger, Acte Sud

-Ava Gardner, la comtesse aux pieds nus, Irina de Chikoff. Le Figaro

https://www.lefigaro.fr/actualite/2006/07/17/01001-20060717ARTWWW90328-ava_gardner_la_comtesse_aux_pieds_nus.php





mardi 9 janvier 2024

Poétique de la nage

 Je le confesse, je suis un piètre nageur, et à choisir je préfère bien plus me trouver sur le quai ou la rive qu'au beau milieu des flots.

Je suis celui qui regarde. Dans l'eau parfois, mais rarement plus haut que les mollets, la taille dans les ondes les plus chaudes.

Des visions me reviennent. Une femme aimée, lentement s'éloigner jusqu'au barrage du lac de Paty, dont on dit qu'il est l'un des plus vieux de France, au pied du Mont Ventoux. Une chaude journée d'août. Cette même femme, dans une piscine qu'elle partageait avec une petite grenouille égarée, en contre-bas des falaises d'Orgon. C'était la nuit en Provence et les cigales venaient à peine de cesser.

Je revois mon père nager devant l'Hôtel des Princes, vieille bâtisse construite en 1806, quelque part entre Evian et Thonon-les-Bains. L'orage n'avait pas encore grondé. Le vent ne rasait pas encore le lac de près, il se contentait de le caresser. Il éclata le lendemain.


Devant nous, la ville de Lausanne gravissait en escalier la colline, et le soleil nous narguait de l'autre côté de la rive. Je repensais à Byron qui a dû traverser à la nage de nombreuses fois les rives du Léman à l'été 1816, cet été dont on dit qu'il fut sans jour. Un volcan de l'autre côté du monde n'y aurait pas été pour rien ou l'invocation de quelques spectres obscurs: les cauchemars ont été fertiles, dit-on, à la Villa Diodati, près de Genève. Mary Shelley fort inspirée en effet. Son époux justement perdra la vie au large des côtes toscanes, en 1822, avant que son corps ne vienne s'échouer à Lerici, où certaines pérégrinations dans le passé nous conduisirent, mon père et moi. Coïncidence des pas.



Paul Morand, Chantal Thomas en parleront mieux que moi, de la race des nageurs, l'Académicienne à Nice et à Arcachon, le diplomate (tout autant Académicien d'ailleurs) dans tous les océans du monde, avant de s'en servir comme encrier: Byron ne résiste jamais au désir de rapprocher les rivages.

Je l'imagine traverser le Grand Canal de Venise, le Tage ou le Détroit des Dardanelles, à la seule force de ses mouvements de brasse, sous l'ombre de Léandre, traversant l'Hellespont pour rejoindre Hero qui allume la torche d'une tour pour guider son amant, jusqu'au jour où un orage éteint la flamme et emporte le jeune homme. On dit qu'entre Sestos et Abydos le poète aurait mis à peine plus d'une heure en crawl. On ignore si Hero l'y attendait.

Toutefois, les témoins sont formels, un orage a bien grondé lors de sa mort, le 19 avril 1824, à Missolonghi. Le même que pour Léandre et Percy Shelley.

Quant au dernier fleuve, celui de l'autre monde, cela appartient à la légende, mais je me plais à croire que Charon, ce jour-là, se sentit de trop.

mercredi 6 décembre 2023

La Chambre des Cerfs

 Mistral et Alphonse Daudet s'y rendaient souvent, quand la garrigue avait fini de les occuper, que la bibliothèque des Cigales, comme disait ce dernier, avait fourni assez de matière pour plusieurs jours: le vent iodé, l'air imprégné de sable, la lumière qui brûle... Avignon, dans un grand éclat de joie que le Midi fait résonner.

Daudet rêva toujours de cette capitale rhodanienne qu'il restaurait, dans ses divagations épistolaires bien connues, en plein cœur du XIVe siècle.


"Qui n'a pas vu Avignon du temps des papes, n'a rie vu. Pour la gaieté, la vie, l'animation, le train des fêtes, jamais une ville pareille. C'étaient, du matin au soir, des processions, des pèlerinages, les rues jonchées de fleurs tapissées de hautes lices, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent, galères pavoisées, les soldats du pape qui chantaient du latin sur les places, les crécelles des frères quêteurs, puis, du haut en bas des maison qui se pressaient en bourdonnant autour du grand palais papal comme des abeilles autour de leur ruche, c'était encore le tic-tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l'or ses chasubles, les petits marteaux des ciseleurs de burettes, les tables d'harmonie qu'on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseuses; par là-dessus le bruit des cloches, et toujours quelques tambourins qu'on entendait ronfler, là-bas, du côté du pont. Car chez nous, quand le peuple est content, il faut qu'il danse, il faut qu'il danse; et comme en ces temps-là, les rues de la ville étaient trop étroites pour la farandole, fifre et tambourins se postaient sur le pont d'Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit, l'on y dansait, l'on y dansait... Ah! l'heureux temps! l'heureuse ville! Des hallebardes qui ne coupaient pas; des prisons d'Etat où l'on mettait le vin à rafraîchir. Jamais de disettes; jamais de guerre... Voilà comment les papes du Comtat savaient gouverner leur peuple; voilà pourquoi leur peuple les a tant regrettés!..."

Ce temps où Avignon suppléait Rome. Où les Papes avaient trouvé une nouvelle patrie.


1342, Clément VI fut l'un des plus illustres occupants du Palais pour l'avoir considérablement réaménagé. Humaniste, il s'entoure des artistes les plus novateurs de son siècle.

Et les fresques comme conservées des limbes de ce Moyen âge font encore transparaître le raffinement dans lequel ces monarques vivaient. Son Studium a été décorée de visions nocturnes, où s'aperçoivent des scènes de chasse et de pêche. La Chambre des Cerfs, où n'émerge aucune scène religieuse, perpétue ainsi l'écho des hallalis lointaines.


L'année 1348 est sombre. L'épidémie ravage les cités. J'imagine le souverain pontife rédiger dans cette chambre obscure un discours ou une prière. On compte une quarantaine d'harangues prononcées pour cette seule année.

Tantôt, la visite d'un cardinal ou d'un poète, Pétrarque certainement, ou encore d'un peintre, pourquoi pas Matteo Giovanetti, venu de Viterbe, qui doit terminer l'ouvrage commencé par Simone Martini. Tache immense où les Palais de Mantoue ou de Florence ne sont encore qu'ébauchés.

1352, le poète n'ose pas demander à Clément VI son exemplaire d'un texte de Pline: il est tombé malade. Les médecin du pape échouent à calmer ses crises de goutte. A peine eut-il le temps avant de mourir de rappeler qu'il lui fallait être inhumé à l'abbatiale de la Chaise-Dieu.

L'hallali du plus grand pape d'Avignon s'acheva le 6 décembre.




mardi 28 novembre 2023

De quelques fauves à Londres

 Londres, deux jours avant la mort du roi George V, Rudyard Kipling décède, laissant derrière lui des souvenirs chauds de jungles lointaines. Sans doute garde-t-il en mémoire, au seuil de la mort, des histoires de batailles et de rois, de chevaux, diables, d'éléphants et d'anges. Peut-être. J'imagine aussi qu'il rêve, dans cette ultime fièvre, de tigres et de lions, comme le vieux pêcheur dans la nouvelle d'Hemingway.

C'est après un long séjour en Inde qu'il avait conçu la lutte entre le jeune Mowgli et le Tigre boiteux, Shere Khan.

Au fond de la Tamise, dans le limon, d'anciens vestiges tropicaux, de la nuit des âges: on a retrouvé des squelettes fossilisés de tigres.

Sous la statue d'un lion, George Wombwell est inhumé au cimetière de Highgate, le plus célèbre propriétaire de ménagerie de l'Angleterre. Tout droit arrivé de ces contrées que chérissait Kipling justement ou Conrad, il se procurait, sur les docks londoniens, boas, ocelots, onagres, girafes, tigres et zèbres. Il adorait son lion, Wallace, le premier à être élevé en captivité, né en 1812. La bonne société victorienne se souvient encore du combat qu'il avait organisé entre son lion Néron et six redoutables bullsmatiffs. Ce fut le vieux Wallace qui les acheva, le brave Néron refusant de combattre.


Trafalgar Square, au pied de la colonne Nelson, quatre lions en bronze, conçus par le peintre animalier Edwin Landseer et le sculpteur Carlo Marochetti. Enfant, je me souviens une fois ou deux les avoir escaladés. Désormais, des barrières semblent les avoir mis en cage.

Dominant la place, la National Gallery expose cette étonnant tableau du Douanier Rousseau: un tigre tapi dans l'ombre d'une forêt vierge. La pluie y est battante, le pas du fauve léger. Seulement un élément de la nature, dans une sorte de communion avec un grand Tout, au même titre que l'orage et les plantes exotiques.


Un peu plus loin, un dessin préparatoire de Rubens qui représente une chasse aux lions, dont le tableau original que j'avais découvert si tôt dans ma vie au gré d'une encyclopédie m'avait fasciné longtemps.




Quelle force, imaginais-je alors, pour s'en aller affronter de telles bêtes féroces. Je me demande si le peintre flamand connaissait les extraordinaires fresques de Ninive où l'on voit le roi Assurbanipal lutter contre une meute de lions terribles, aujourd'hui exposées au British Museum.




Ces fauves m'évoquent les mots du poète anglais William Blake:

Tigre! Tigre!

Dans quels abîmes? Quels cieux lointains

Brûle le feu de tes prunelles?

Connaissait-il, lui, ce fascinant automate du Victoria and Albert Museum, conçu par les horlogers du sultan de Mysore, Tipû Sâhib, qui avait fait de l'animal le symbole de tout son empire?

Le poète français August Barbier en parle ainsi, dans son texte, Le Joujou du Sultan:

"Il est au cœur de Londres, en l'un de ses musées,

Un objet qui souvent occupe mes pensées:

C'est un tigre de bois, dans ses ongles serrant

Le rouge mannequin d'un Anglais expirant."

Saisi par ce tigre de plomb, jeu d'adulte vieux de deux siècles , j'ai eu une pensée pour De Vinci qui fut remarqué par François I grâce à un lion mécanique, jadis, qui propulsait des fleurs de lys, à l'arrivée du roi dans la ville bien-nommée de Lyon.

Sans doute, au seuil de sa mort, le maharadjah agonisant put apercevoir dans quelque délire ces mêmes tigres dont rêvait alors Kipling.





mardi 14 novembre 2023

Le piéton de Londres

 La ville fut mon premier voyage.



Très vite, avant même l'âge adulte, j'ai fini par ne plus compter les séjours. Mon père m'y amenait alors chaque été. J'ai fini par ne plus compter les pas. De long en large, Oxford Street. Puis Regent Street. Jusqu'à Piccadilly Circus. Frôlant parfois Hyde Park de nuit. Traversant Kensington Park à l'aube jusqu'au Royal Albert Hall. Plus de souvenirs que si j'avais mille ans, comme disait le poète.

D'un hôtel à l'autre. Le Columbia, non loin d'un pub au doux nom de Swan; le Berjaya Eden Park London Hotel, il me semble, le Phoenix ou encore le sobrement nommé Z, pour le seul plaisir de nous rendre à la National Gallery, à portée de regard et de jambes. Et qu'il apparaît évidemment qu'une journée ne saurait être perdue si on a contemplé, ne serait-ce qu'un instant, une toile du Tintoret ou de Rubens.


Epousant les méandres de la Tamise, de Westminster à Saint-Paul, jusqu'au Tower Bridge, bien après le London Bridge, d'aucuns s'y méprennent parfois, et dévalant les courbes du Millenium Bridge jusqu'à la Tate Modern.

Des été d'abord, mais il y eut, je crois, un printemps, un hiver et un automne, surtout. Il y a peu de villes dont je connaisse les quatre saisons, Barcelone, à la rigueur, mais c'est à voir.

Des rues de Soho, seul, un matin froid, et le froid est souvent tenace par là-bas. Particulièrement quand on n'a pas de manteau. Des brumes parfois. De moins en moins, toutefois. Des pluies bien souvent. Tout autant que des éclaircies.



Je ne compte plus les rues arpentées, les égarements, les distances trompeuses, et les hasards qui font bien les choses.

Dernièrement, chaque pas me fut pourtant douloureux, apprenant quelques jours plus tôt de la part d'un médecin que je ne savais pas marcher le moins du monde, et que cela faisait bientôt trente ans que je m'y prenais mal sans même le savoir. Il m'arriver alors de scruter de temps à autre l'usure de mes talons et de jeter un coup d'œil à ce curieux déséquilibre rattrapé in extremis que l'on nomme marcher. J'ai repensé au Ministère des Démarches Ridicules du Monty Python's Flying Circus. J'ai souri.

Charles Dickens pouvait, lui, marcher près de quarante kilomètres par jour, rôdant dans les nombreux recoins de la ville, dans ses ombres, ses secrets, ses abîmes. A une époque où Londres devait être si peu fréquentable, encore peuplée de Jack l'Eventreur ou de maudits en tout genre.


Paul Morand raconte son escapade dans un quartier mal famé. Le récit date de 1933. "Nous étions sous l'influence de l'Eléphant and Castle", quartier dont on ne nous a pas dit que du bien aujourd'hui encore.

"Tentés par le brouillard irréel, nous nous enfonçâmes dans un labyrinthe de rues à petites maisons qui ressemblait plutôt à un coin de faubourg de Bucarest qu'à Londres. Minuit environ, et pas un chat dans les rues... Il faut ajouter que ce qui nous donnait un certain mépris du danger, c'est que j'avais pris avec moi une canne-sabre de rônin (chevalier-vagabond japonais, littéralement  homme sans nom, homme-vague) achetée à la vente Behrens, qui, dans un gourdin noueux, cachait une de ces lames magnifiques capable de faire sauter une tête d'homme comme un pavot."

Bien sûr, Paul Morand et ses compagnons, à la première lueur trouble ou mouvement dans la nuit, qu'en sais-je?, feront demi-tour la queue entre les jambes. Mais il me plaît d'imaginer l'un de nos plus grands écrivains déambulant dans la nuit londonienne à la manière d'un ninja.

Et somme toute, le piéton dans une grande ville est toujours d'une certaine manière "un homme-vague."

Je ne compte plus les rues arpentées en effet, les pas, les les nuits ici vécues. Et parmi les plus belles. Mais de celles-là, je m'attarderai un jour.





samedi 21 octobre 2023

Nicolas de Staël: la fièvre de la peinture

     Il y a des peintures de plomb comme on le dirait d'un soleil. Qui cogne comme en plein midi.



    En 1954, Nicolas de Staël revient de la Sicile, où il s'est brûlé la rétine devant les incandescences de l'horizon à Syracuse ou à Agrigente. Il s'agit donc de saisir la pesanteur de la lumière, celle qui fait fermer les yeux et qui brouille la vue. Camus en parlait déjà: "Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcil a coulé d'un coup sur les paupières et les a recouvertes d'un voile tiède et épais. Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front..." Le peintre court après le miroitement de l'air quand la lumière brûle tout et que le ciel et la terre se confondent, tel qu'ils se confondent dans les récits antiques. "A force de flamber sa rétine, on finit par voir des ciels verts, la mer en rouge et le sable violet" écrira-t-il. Il s'est réfugié seul en Provence, perdu dans ce Luberon calciné par l'été et les visions de la Sicile reviennent en bloc. N'est-ce pas déjà à Uzès, dans le grand Midi, que Racine avait su invoquer les princesses de Césarée ou ces rois coincés sur les rives d'Aulis, où tout un peuple est condamné à la tragédie parce que le vent ne se lève, disait Barthes.



    C'est ce grand Midi mythologique, en Provence, que l'artiste d'origine russe agrippe sur ces toiles, dans une urgence de peindre. Une fièvre qu'aucune nuit n'apaise. Une vitesse jamais arrêtée. On sait d'ailleurs que Staël se plaisait à pousser le moteur de sa voiture sur les routes entre Lagnes et Lourmarin, où Camus justement perdra la vie, la Facel Vega encastrée dans un platane.

    Car le peintre est un homme au bord du vide. Il est de la race des suicidés, aurait dit Pavese. Après avoir achevé son ultime chef-d'œuvre, Le Concert, il se jettera du haut de son atelier d'Antibes où il faisait face à la mer. Dire qu'il s'est tué d'amour serait insuffisant, il portait cette mort en lui depuis longtemps. Comme Pavese lui-même, ou Casagemas qui se tirera une balle devant celle qui l'éconduisait, dont la perte fera entrer Picasso dans sa période bleue.



    Staël laissera ces visions incandescentes, ces rouge sang qui éclaboussent l'art, ces matchs de football saisis dans le mouvement comme Picasso ou Manet représentaient des corridas, dans une sorte de permanence mythologique, des nus qui ressemblent à des paysages et des choses qui vibrent de trop exister.



Exposition au Musée d'Art Moderne, Nicolas de Staël, jusqu'au 21 janvier 2024




mercredi 27 septembre 2023

L'exil de Courbet

 Emporté par la Commune. La Débâcle. La grande, l'implacable déroute de 1870, et ce qui s'ensuit. 20 000 exécutions sommaires, les barricades, le Louvre lui-même incendié. L'Hôtel de Ville aussi lors de la Semaine Sanglante.

    Courbet fait partie de ceux que l'on a raflés. Arrêté, traduit en conseil de guerre., bringuebalé de prison en prison. Un iconoclaste, littéralement. La Colonne de Vendôme "est tombée à l'heure du crépuscule devant une foule énorme venue pour assister à l'exécution de cette fausse et odieuse gloire, et saluée dans sa chute par l'immense vivat de la délivrance, sortir de mille poitrines" écrit Jules Vallès. Le peintre est jugé complice de cet acte, il avait lancé l'idée six mois plus tôt, bien avant que le peuple s'exécute. Il l'avait anticipé. En avance, déjà. Toujours.



La déchéance sociale, et des deuils venant annoncer le déclin. Tout s'effondre tout autour. Les frais du procès le saignent. Mac Mahon propose que les frais de reconstruction de la colonne incombent à Courbet. Ubuesque. Ses biens sont saisis. En contrepartie il peint. Bon qu'à ça, de toute façon. Il peint pour vivre, pour avoir de quoi se nourrir encore, de quoi se loger. Il peint par nécessité. Englué pourtant dans ces "patasseries commerciales" et les travaux forcés comme une épée de Damoclès. Solution: l'exil. D'autres avant lui... Le Léman. Tour-de-Peilz, non loin de Vevey, où il mourra quatre ans plus tard.



Là-bas, les Alpes comme chevalet, le lac pour palette, il peint. Il boit, en équilibre, parfois au bord du chaos. L'âme en branle. La folie guette. D'autres avant lui... La lassitude; le cœur en somme n'y est plus. Cependant des fulgurances. Un ciel minéral tantôt, une réverbération ici et là, un dégradé où le gris se teinte de rose, et qui rappelle que sa peinture brûle plus que ne brûlent tant de petites œuvres impressionnistes de la même époque. Des fulgurances en effet, voire des remontrances à l'égard de Monet. Des cimes qui dégringolent et des cumulo-nimbus qui vibrionnent. Le château de Chillon sur les rives de Montreux semble s'éloigner, peu à peu, quelque chose déserte, se perd, s'engloutit. Dans l'ombre. Le Léman noircit. Les neiges s'écoulent comme de la lave.



La solitude, puis la maladie. Mort en martyre de la Troisième République. A jamais, poète maudit de la peinture.



A lire: La Claire Fontaine, David Bosc, 2013
            Courbet, le poème de la nature, Pierre Georgel, 1995

mercredi 13 septembre 2023

Jess Franco: les fulgurances du Cinéma Bis

 Il est toujours un temps, me semble-t-il, dans la vie d'un cinéphile, quand il a enfin épuisé l'essentiel de ce que l'on nomme, faute de mieux, les classiques, inépuisables pourtant mais cela il le comprend plus tard, où il en vient au cinéma bis. Avec cette crainte, cette excitation propres aux interdits que l'on enfreint à la quinzaine. Fait de bric et de broc, en vrac, cet art bancal est brouillon, impétueux, contradictoire, parfois strié des enchantements de cette époque où l'on n'a pas encore vingt ans. Le cinéma bis est précisément l'adolescence de l'art.


Pour moi, son plus illustre représentant restera Jess Franco, appelé parfois Jesus Franco, parfois Franco Manera, et tant d'autres pseudonymes que n'aurait pas reniés quelque obscur hétéronyme issu de l'imagination de Pessoa. Réalisateur espagnol qui aura réalisé en soixante ans de carrière plus de deux cent films (70 rien que dans la seule année 1973), érotico-horrifico-psychédéliques, teintés d'espionnage, de gothique parfois, carrément porno quelquefois, qui lui vaudront les foudres de la censure de celui qui porte le même nom que lui.

Jean-Claude Carrière qui l'a connu est intarissable sur la personnalité du bonhomme, sa mythomanie probable, sa passion, ses errances nocturnes au Musée de l'Escorial dont il aurait volé les clés pour admirer ici et là un Greco ou un Bosch, on ne sait trop comment, sur ses méthodes, son travail, son amour du septième art surtout.




Cinéma bordélique, comme l'était celui d'Ed Wood, montage, cadrages vifs à la Russ Meyer, scénario souvent confus, images floues, c'est vrai, cela est arrivé. Le budget dérisoire, ou pas de budget du tout. Des acteurs approximatifs, des dialogues improvisés. Une musique groovy, ou stridente,  sur des scènes saphiques incongrues, impromptues toutes les dix minutes: raisons de mon ébahissement jadis, dois-je avouer. Carrère raconte que Franco pouvait fuir un tournage pour se rendre à un autre tournage qui avait lieu au même moment de l'autre côté du globe. Il tournait plusieurs films en même temps, recoupait, découpait, réécrivait directement en salle de montage. Ses films souffriront d'une distribution calamiteuse et nombre d'entre eux disparaîtront tout simplement. Plusieurs versions, plusieurs titres, narration différente pour un même film. Œuvre jamais terminée et on le prétend si peu perfectionniste?

C'était cela, le travail de Jess Franco, et très longtemps il sera relégué dans les limbes du mauvais goût, du gâchis de pellicule, pas même digne d'égaler le cinéma vaguement érotique d'un Jean Rollin. Et s'il fallait que je sois franc, ses films en effet sont la plupart du temps effroyablement mauvais. Qu'on les regarde sobre ou essoré, d'un seul œil ou avec toute l'attention du monde n'y change rien, c'est toujours le même film que l'on découvre. Et pourtant on y revient toujours. Car si ses œuvres sont bâclées, elles ont quelque chose que très peu d'artistes parviennent à insuffler aux siennes: une âme.

Il connaissait parfaitement la technique, et s'il avait une vie d'éternité, peut-être aurait-il réalisé un long-métrage plus rigoureux. Mais la vie est courte, l'art bien long. Pensons à Picasso qui peignait chaque jour de sa vie durant comme s'il n'avait jamais peint, ou plutôt comme s'il avait déjà tout peint. Il avait en effet cette soif de vivre, cette urgence de créer, cette frénésie de filmer comme on respire. Jusqu'au dernier souffle. Ardeur qu'il aura peut-être gagnée en assistant Orson Welles lors du tournage de Falstaff, et l'adoubement du cinéaste génial permettra à Franco de terminer tant bien que mal le montage de ce projet fou qu'était alors l'adaptation du Don Quichotte. 

On y revient toujours, disais-je On les confond, les oublie, mais quelque part ils demeurent. L'Horrible Docteur Orlof, L'amour dans les prisons des femmes, la Vénus à la Fourrure, les Nuits de Dracula, les Inassouvies, Vampyros Lesbos, le Miroir obscène, Plaisir à trois... Combien d'autres curiosités baroques, réécritures sadiennes, films chaos?

La beauté de Soledad Miranda, tuée à vingt-sept dans un accident de la route, les yeux étranges de Lina Romay qui donnera de son corps dans Shining Sex ou Célestine et tant d'autres vus clandestinement, muse que Franco finira par épouser, images étranges qui défilent sous nos yeux, trip sensoriel qui agit sur des nerfs lointains de l'organisme. On baigne dans une atmosphère angoissante, toute remplie de cabarets sordides, de donjons sadiens, de motels et de villas où des corps agonisent et s'étreignent. La Grande Motte, Aigues-mortes, Benidorm ou Istanbul deviennent des espaces mentaux dignes d'une toile de Chirico.

Tout le grain de la pellicule a su conserver quelque chose, dans les doublages, les incohérences, les regards, les nudités, le sang, les dissonances, quelque chose de ces années-là à jamais abolies où seuls comptaient de vivre et d'aimer, de créer et de rêver. Les années 1960 et 1970 y tremblent au bord de la pellicule. On ressent aujourd'hui la même nostalgie devant un film de Mario Bava, un Lucio Fulci ou un Dario Argento. Que ces films étaient bien, faute d'être bons. 

Car au-delà des tremblements de l'image, du souci de faire beau, de faire propre, c'est cet amour de la caméra qui affleure par fulgurance, brusquement, salement parfois, à chaque plan et qui rappelle pourquoi on en revient toujours au cinéma.




mercredi 23 août 2023

En terre née

    Il est intéressant de voir comment une patrie adoptée plus par nécessité que par envie peut finir par devenir nôtre. Cela n'a rien d'un processus de révélation éclatante; plus un constat porté par ceux, étrangers, qui nous écoutent décrire, supposément trivialement, le supposé simple lieu de notre habitation. Derrière ce qui peut au départ être une habitude du cœur, s'ajoute un goût personnel pour l'image dans sa complexité. Nos villes, et c'est bien la plus grande tristesse du poète contemporain, ne se font jamais plus ex nihilo, et là voient alors s'exprimer les traces de toutes ces villes qu'elles ont construites. Le détail et le choix en matière d'histoires étant mesquins, une mosaïque de destin s'offre à la curiosité et finit par gagner une place dans l'esprit le plus récalcitrant.

    Ainsi, cette artère dont les commerçants sont depuis trop longtemps désagréables me touche par l'étymologie de son nom et l'idée d'un monde autre, aux usages d'hier où l'on vivait au quotidien avec la rivière et avec une politesse décuplée m'émeut et achète ma faveur. Il y a la magie du saule et de ses congénères dans le jardin public, où une perspective suffit à me faire taire et voyager un siècle plus tôt. Assise sur un banc, je vois les dames déambuler dans le calme d'une autre vie, les angles qu'ouvrait cet autre monde. Une porte m'est ainsi ouverte, inconsciemment, et j'en suis profondément reconnaissante.

    Et puis, après quelques efforts, il y a la vue des collines et l'imagination s'associe à la lecture de quelques études d'autres amateurs du passé; et voilà que mon regard conspire sans aucun sérieux scientifique à la recherche de l'implantation éventuelle de quelques communautés d'Antiquité.

    Finalement on finit par aimer une patrie pour ce qu'elle a forgé notre caractère: un amour dissolu et une jubilation pour le passage conservé des hauts et plus petits faits des autres, mais surtout le soulagement de voir que le monde est infini d'intérêt.


Pau. M




La Franqui: bout du monde

               Je connaissais un peu ce petit coin de terre battu par les vents, caressé par la mer. Cette immense plage déserte où l’eau s’...