lundi 2 avril 2018

Quelques villes du bout du monde

Rome: Une ville qui a connu tant de morts et de renaissances est parfaite pour attendre l'apocalypse, s'exclame un personnage de Fellini Roma, à la terrasse d'un restaurant. Une ville de la fin des temps, donc.

Istanbul: Déchirée entre deux continents, elle semble toujours avoir, d'une manière ou d'une autre, les pieds dans le vide.

Venise: Il suffit de prendre l'un de ses traghetti, depuis l'aéroport, de lentement traverser la lagune et d'apercevoir, au loin, la ville dans la brume pour s'en rendre compte.

Portofino: Si éloignée de tout que les voitures ne peuvent pas y accéder, si enfouie sur le promontoire qu'elle est une impasse. On ne traverse jamais Portofino, on y vient et on repart par la même issue.

Cadaqués: Qui croirait, après tant de slaloms sur cette route étroite qui serpente à travers la Costa Brava, qu'elle s'ouvrirait tout à coup sur ce petit village tout en blanc et en silence.

Sète: En s'y approchant, on ne voit que le mont Saint-Clair sur lequel elle est bâtie, et on s'interroge: qu'y-a-t-il au-delà? La Méditerranée. Cela seul et seulement. C'est-à-dire d'autres mondes et d'autres siècles. 

Marseille: C'est une ville-seuil. Plus loin? L'Orient, l'inconnu. On est déjà ailleurs, et pourtant on est encore là.

Trieste: A la frontière slovène, on touche du doigt les Balkans. On ne se demande pas seulement si on est encore en Italie, dans le cœur même de l'Europe, mais bien si on est encore dans le temps. Dans l'histoire. Certaines villes ont des airs d'éternité.

Photo prise à Cadaqués, Espagne


dimanche 18 mars 2018

Au bord du "Bel-Ami"

1890, la Tour Eiffel vient tout juste de naître que Maupassant, célébré alors pour Bel-Ami (1885) et Pierre et Jean (1887), s'en lasse déjà. Elle lui semble trop verticale, et Paris avec elle bien trop grise.
Du jour au lendemain, il quitte tout son petit confort bourgeois qu'il avait fini par maudire et entreprend sa vie errante, de la meilleure des manières possibles: en se laissant porter par le vent.

Il a besoin de couleurs. Il a soif de nouvelles couleurs. Et c'est à bord de son voilier "Bel-Ami" qu'il découvre la côte ligurienne.
Comme toujours lorsqu'un voyage est entrepris, encore plus avec les moyens et les risques de l'époque, c'est soi-même que l'on fuit et que l'on découvre aussi, paradoxalement.

Il traverse donc Gênes et arpente sans doute ses caruggi, puis la plus belle avenue du monde, la Strade Nuove que l'histoire s'est amusée à bâtir par une longue suite ininterrompue de palais.
"On éprouve à Gênes ce qu'on éprouve à Florence et encore plus à Venise, l'impression d'une très aristocrate cité tombée au pouvoir d'une populace", note-t-il alors.

Puis, son errance l'amène à ce qu'il croit être le bout du monde: Portofino, encore un modeste port, ridiculement petit, recroquevillé sur le promontoire de Portofino éponyme comme le cœur dans la poitrine.
"Jamais peut-être, je n'ai senti une impression de béatitude comparable à celle de l'entrée dans cette crique verte, et un sentiment de repos, d'apaisement, d'arrêt de l'agitation vaine ou se débat la vie, plus fort et plus soulageant que celui qui m'a saisi quand le bruit de l'ancre eut dit à tout mon être ravi que nous étions fixés là."

Plus d'un siècle plus tard, au hasard d'une rue, je m'arrête et je lève les yeux. Sur un mur en trompe-l’œil sans doute, comme il y a tant par là-bas, ces quelques mots que je traduis à la hâte:
Portofino se souvient.
Guy de Maupassant resta quelques jours dans ce port sur son voilier Bel-Ami y trouvant la paix pour son esprit tourmenté et l'inspiration pour son génie."

Source: La Vie errante, Maupassant, 1890

Photo du port de Portofino:






samedi 3 février 2018

Le diable s'est arrêté à Turin

Au XVIIIe siècle, quand Montesquieu visite Turin, il connaît déjà les rumeurs qui la secouent: le diable habiterait ici. On raconte que dans les collines qui l'entourent sont célébrées des messes sataniques, on rapporte aussi des affaires sordides de nécrophilie que les autorités cherchent à étouffer. Des histoires dont nul ne sait si elles en sont tout à fait.

A l'époque, elle est "la Cité du mal." L'Eglise catholique la considérera même comme capitale satanique au même titre que Prague, Londres ou Lyon.

Plus de 40 000 adeptes au satanisme vivraient à Turin. En vérité, personne ne connaît leurs nombre exact. Et jusque dans le cœur des églises ils y livrent leurs orgies.
Au-delà du fleuve, même la Gran Madre di Dio, dont le dôme n'est pas surmonté de la croix, serait destinées au culte de Satan. Et l'on va jusqu'à penser que si elle n'a pas de croix c'est pour accueillir, le jour du Jugement Dernier, la Bête de l'Apocalypse qui viendra s'y poser.
Dans la Chiesa San Lorenzo, on prétend enfin que lorsque l'on regarde sous la coupole, dans l'espoir sans doute d'y apercevoir quelque chose de Dieu, c'est le visage du Diable qui répond à nos prières, apparaissant dans le croisement des dorures et des reflets.

Le diable, toujours lui. Son grand miracle, c'est de nous avoir fait croire qu'il n'existait plus, disait Baudelaire.

Source: L'immense Solitude, Frédéric Pajak, Les Editions Noir sur Blanc
            Guide du Routard, L'Italie du Nord

Photo de la Gran Madre di Dio, vue de la Via Pô



lundi 1 janvier 2018

Le cheval de Turin

Après avoir traversé toute la Riviera, de Nice à Gênes, dans l'espoir d'y trouver un abri pour son âme, Nietzsche découvre Turin le 5 avril 1888. C'est une révélation. Il réapprend lentement, dans le Piémont, ce qu'était vivre. Il s'émerveille de ses monuments, de ses arcades grâce auxquelles on a l'impression parfois que dans cette ville il ne pleut jamais tout à fait sur la tête de ses passants. Il mange avec plaisir toutes les spécialités de la région, lui qui n'avait jamais eu, une vie entière, le moindre appétit; il se fait un habitué du Caffe Elena, Piazza Vittorio Veneto, d'où l'on voit, dressée fièrement au-delà du Pô, Gran Madre di Dio. Dans ses lettres, il exulte de joie: il lui avait fallu toute une existence pour trouver en son âme un repos. Enfin.
"Connaissez-vous Turin? C'est une ville qui m'est entrée dans le cœur. C'est  même la seule. Paisible, presque majestueuse. Un lieu classique pour marcher et regarder (un paysage superbe et un ton de jaune et rouge sombre dans lequel tout s'harmonise). On y respire l'air du bon XVIIIe siècle. Des palais qui parlent aux sens, pas de forteresses Renaissance. Et du centre-ville, on voit les Alpes enneigées! Les rues semblent nous emmener là-haut. L'air est sec, d'une clarté sublime. Je n'aurais jamais cru qu'avec la lumière une ville pût devenir si belle."
Pour certains, toutefois, parmi ses amis les plus proches, cette euphorie qui ne lui ressemble pas est le dernier symptôme, peut-être, des tourments qui l'ont toujours poursuivi, la pointe de l'iceberg qui laisse dans l'ombre ses propres ténèbres.
Un matin de janvier 1889, il erre dans les rues de Turin quand il aperçoit un cocher battre son cheval qui s'entêtait un peu trop. Le philosophe est bouleversé par cette vision; il s'interpose entre l'animal et le fouet, agenouillé devant la bête qu'il embrasse. Il pleure à chaudes larmes. La raison l'avait quitté pour de bon.
Dix ans plus tard, il meurt à l'hôpital psychiatrique, à Iéna, où il fut aussitôt interné. "Voyez en moi le tyran de Turin", disait-il pour se présenter aux médecins et aux proches venus lui rendre visite. "Le tyran de Turin."

Sources: Voyages en Italie, Marc Walter, Catherine Donzel, Chêne
               L'immense solitude, Frédéric Pajak, Les Editions Noir sur Blanc, 2011

Photo de Turin, prise du Monte dei Cappuccini




mardi 26 décembre 2017

Les ténèbres de Lord Byron

C'est un poète déjà un peu maudit qui arrive sur les bords du Lac Léman au printemps 1816, dans le désir de se faire oublier de la société anglaise après quelque petite esclandre politico-sexuelle. Jusqu'en octobre, il entreprend une sorte de pèlerinage aux quatre coins de la Suisse, en compagnie notamment du célèbre poète Percy Shelley.
Mais à la suite de l'éruption volcanique du Tambora, en Indonésie, de l'autre côté du monde, un an auparavant, toute l'Europe est en proie à des bouleversements climatiques. On dira alors de 1816 qu'elle est l'année sans été.
Lord Byron traverse donc le Léman sous un ciel noir comme l'encre, remué par de violents orages et le souffle d'un vent qui donne au lac des impressions d'océan. La nuit se fait constante, on regarde les étoiles en vain, en se demandant pour soi-même ce qu'est devenu le soleil. Quelque chose dans l'air d'une apocalypse. Le poète terminera enfin sa course devant les portes du Château de Chillon, tout près de Montreux, "un bloc de tours posé sur un bloc de rochers" comme dira plus tard Hugo. Bloc de tours, en effet, dans les ténèbres.
Cette nuit en Europe qui dura tant de jours et de nuits inspirera à Byron l'un de ses plus célèbres poèmes, Darkness:

"J'eus un rêve; il ne fut pas pleinement un rêve.
L'éclatant soleil s'était éteint, les étoiles
Erraient obscurcies parmi l'espace éternel,
Sans rayons ni chemins, et la terre glaciale
Aveugle balançait, noire dans l'air sans lune;
L'aube fuit -vint, stérile du moindre jour.
Les hommes laissèrent leurs passions dans l'effroi
De leur désolation, où les cœurs se gelèrent
En une prière égoïste à la lumière."

Idée de lecture: Lord Byron, Poèmes, Allia, 1997, 2012

Photo du Château de Chillon.




jeudi 2 novembre 2017

Un lac plein de fantômes

Là-bas on se contente d'observer. D'observer la brume et au-delà ses montagnes, la lumière aussi dans toute son intimité, et le lac, le lac toujours lui, et les vignobles millénaires et les villages perchés à la corniche de Lavaux, entre Lausanne et Montreux. Là-bas on se contente d'observer. La lumière dans toute sa nudité au balcon de quelque hôtel belle époque, comme sédimenté dans le temps quelque part derrière les Alpes. Et en fin de saison parfois, on se souvient de tous ces spectres qui nous ont précédés, ici et là, venus musarder et lézarder au soleil sur les quais fleuris du Léman:

-Bhumibol Adulyadej, roi de Thaïlande. C'est à la mort de son frère que le jeune roi gère la régence depuis Lausanne où il avait grandi et étudié. En 1950, il quitte la Suisse pour être couronné roi sous le nom de Rama IX. Il a 23 ans.

-Maurice Béjart. le danseur et chorégraphe né à Marseille en 1927 s'installe à Lausanne en 1987. Il y fonde le Béjart Ballet Lausanne et ouvre en 1992 l'école-atelier Rudra Béjart, l'un des plus prestigieuses écoles de danse.

-Hugo Pratt. L'auteur de Corto Maltese s'établit en 1984 à Lausanne.

-Georges Simenon. L'écrivain belge part pour Lausanne en 1950. Il demandera que ses cendres y soient dispersées.

-Coco Chanel. Installée à Lausanne à partir de 1944, elle sera enterrée au cimetière du Bois-de-Vaux.

-Pierre de Coubertin. Le baron fonde à Lausanne le Comité International Olympique (CIO) et s'installe avec sa famille en 1922. La ville deviendra la capitale mondiale de l'olympisme.

-David Bowie. Il quitte les Etats-Unis en 1976 pour trouver domicile sur les hauteurs de Vevey. Il s'installera par la suite dans le château du Signal à Sauvabelin, près de Lausanne.

-Charlie Chaplin. Accusé par les Etats-Unis d'accointances communistes, il s'installera avec sa famille en 1952 à Vevey, au domaine de Ban, devenu aujourd'hui un grand musée en l'honneur de l'artiste.

-Igor Stravinsky. Le compositeur s'installe à Montreux en 1910 dans l'espoir d'un meilleur climat pour la santé fragile de son épouse. Il y compose Le Sacre du Printemps, et déménage à Morges en 1915, le temps d'une guerre mondiale.

-Freddie Mercury. Leader du groupe anglais Queen, il découvre Montreux lors du festival de jazz de 1978. Il dira alors: If you want peace of soul, come to Montreux. Il achètera un studio d'enregistrement qu'il est désormais possible de visiter.

-Lord Byron. Le célèbre poète anglais rendra la région célèbre en publiant son poème Le Prisonnier de Chillon en 1816. De nombreux poètes, comme Victor Hugo, viendront découvrir la région dans son ombre.

-Vladimir Nabokov. Il s'installe au Montreux Palace en 1961.

-Impératice Sissi. Elisabeth d'Autrich fera des séjours réguliers sur la Riviera suisse entre 1893 et 1898, notamment à Territet puis à Caux.

Source: Michelin, Montreux Riviera Guide

Photo de Montreux:



vendredi 13 octobre 2017

Un monde fou, fou, fou!

Il faut en convenir: notre terre ne tourne plus très rond. Bref, c'est le bordel, et je ne dis là rien de nouveau. Chaque matin, on se réveille, las, désabusé, la gorge serrée, la boule au ventre parfois, anxieux à l'idée de reprendre en plein vol le bruit de fond du monde, ce continuum que l'on a laissé le temps d'une nuit, tout aussi las, désabusé, la gorgé serrée, la boule au ventre parfois. Fatigué du monde deux fois par jour, horrifié, amusé comme on peut l'être d'une farce grotesque. Deux fois par jour, disais-je: quand on le quitte pour dormir et quand on le retrouve le lendemain, en marmonnant dans sa barbe, pour soi-même: quel bordel...

-Bon, déjà, le président de la nation la plus puissante du monde est un enfant milliardaire, mégalomane, narcissique, colérique et déjanté. A moins d'être un génie qui ne dit pas son nom, les experts s'accordent à dire qu'en plus il serait idiot. Tout simplement. Mais, c'est lui le boss, alors voilà!

-Le tyran à la tête d'une nation enfermée sur elle-même, à ce jour la plus dangereuse de notre temps, est lui aussi un enfant; un enfant à qui on a laissé jouer avec quelques missiles nucléaires et autres bombes hydrogènes, à ce qu'il paraît, du moins... Et après tout, qui sommes-nous, nous, pour juger l'éducation de l'enfant d'un autre? Si, au moins, il ne nous envoyait pas au-dessus du crâne ses jouets comme de vulgaires avions en papier! Mais là encore, c'est lui le boss. Petite précision: le président précédemment cité le surnomme Rocket Man. Little Rocket Man sans que l'on sache s'il s'agit là d'une marque d'affection. Les experts hésitent.

-Un fou furieux est à la tête d'une nation millénaire que sa politique a ravagée. Villes dévastées, populations massacrées, le pays tout entier en morceaux. On a dit qu'il ne tiendrait pas, que la guerre qu'il a menée contre son propre peuple aurait à la longue raison de lui. Et la pression des rebelles, de la sacro-sainte communauté internationale ferait en sorte que... Balivernes! On répétait qu'un coq dont on a coupé la tête bondit ici et là avant de mourir pour de bon, c'est ce que l'on a dit! Balivernes, encore une fois! Tout est parti en couilles, les médias ont fini par s'en lasser et ont détourné leur attention... Bref, à ma connaissance, il est toujours au pouvoir...

-Notre président à nous était absolument inconnu il y a moins de deux ans. Il a dit: je serais président, vous verrez, on a tous ri. Ben, ça y est, il est président!

-La médecine fait des progrès extraordinaires chaque jour: greffes, opérations à cœur ouvert et nano-chirurgie sont devenues monnaie courante, et j'en passe. Mais voilà que l'on s'enrhume et aucun médecin peut nous dire autre chose que:"Monsieur, il faut prendre votre mal en patience." Et on se shoote au Fervex, que faire d'autre?

-Plus personne ne semble savoir communiquer ni même sympathiser avec qui que ce soit. Heureusement on sait tous tweeter et partager la dernière vidéo d'un chat qui chute. Les amis? On les ajoute ou on les supprime. C'est bien plus pratique!

-On a exhumé Dali et on a fait un test de paternité à partir de sa moustache (what else?) parce qu'une imbécile heureuse a prétendu être sa fille. Ben, en fait non, et on l'a remis en terre. Dali, je veux dire, pas la nana... Ni vu ni connu.

-La Grande-Bretagne a quitté l'Union Européenne. On a tous dit: ils ne vont pas oser... Ben si.

-La Catalogne a déclaré son indépendance dernièrement, avant de la suspendre pour favoriser le dialogue avec Madrid. Madrid leur a répondu:"Vous êtes indépendants, oui ou merde?" Le monde entier attend, dans la confusion, leur réponse.

-Des fous égorgent les passants dans nos villes, prennent un camion et foncent dans la foule, se font exploser ici et là. Et même à la terrasse d'un café, on peut se retrouver cribler de balles.

-On nous apprend tous les jours qu'un nouvel aliment est cancérigène et combien tel ou tel produit vaporisé sur nos fruits et légumes est toxique. Ne pas en manger tue, en manger aussi, apparemment. Les médicaments qui doivent nous guérir s'avèrent "selon une toute dernière étude" hautement nocifs; leurs effets ressemblent parfois à une mauvaise blague: certains devenaient même aveugles, alors ça faisait des histoires. On se demande comment on parvient encore à rester vivant.

-Des mouvements féministes commencent à parler de l'écriture inclusive et d'autres inepties en faveur d'une égalité totale des sexes sans comprendre que la langue française a d'autres chats à fouetter que de se voir infliger une typographie au bord du non-sens. Et ces mêmes mouvements, toujours dans un désir d'égalité, cela semble évident, trouve logique d'afficher dans le métro de quelques grandes villes des panneaux rappelant à l'ordre les hommes négligents qui pourraient s'asseoir en écartant grossièrement les jambes, mettant dans l'inconfort la femme (car la victime est nécessairement une femme, dans ce cas précis, c'est évident) qui est assise sur le siège voisin. Il est tout à fait indiscutable là encore qu'il n'y a que les hommes pour s'asseoir de la sorte, sans prendre en considération la présence d'autrui... Ben oui, ce sont des hommes, enfin, ils ont le monopole des incivilités, c'est bien connu! Sous prétexte d'abolir les discriminations de genres, contre lesquelles il faut absolument lutter bien sûr, certains mouvements qui manquent clairement de discernement ne font que perpétuer la guerre des sexes!

-Enfin, on se rend compte que la littérature n'appartient plus à ceux qui lui ont voué allégeance, ce qui est regrettable; que les médias aussi sont, -depuis le temps qu'ils y aspiraient, ils doivent être ravis-, enfin le véritable pouvoir de nos démocraties. On a remplacé Dieu par des divinités toutes-puissantes: Facebook, Google et les autres. Nous nous sommes créé nos propres dictatures, nous participons nous-mêmes à l'atrophie de nos consciences. Facebook a déjà censuré sur ses pages L'Origine du monde de Courbet ou encore une photo de la fontaine du Neptune d'Ammannati. Ben oui, les statues baroques sont nues, celle-ci l'est particulièrement en plus! L'art, Facebook ne sait pas ce que c'est. Il arrive aussi que Google ait l'amabilité de nous mettre en garde: "Attention, tout le monde peut voir ce que vous faites en ligne". Heureusement qu'il est là, n'est-ce pas? Oui, mais non. Comme par provocation, un petit encart s'ouvre parfois: "Google aimerait connaître votre position". Ben voyons, c'était trop beau! C'est bien le souci, on décide d'entrer dans nos cerveaux et on nous les suce jusqu'au bout!

Bref, un monde fou, fou, fou, c'est certain. Terrifiant et drôle à la fois. Et encore s'il n'y avait que cela! A dormir debout, à nous donner des cauchemars!

Photo prise au musée Dali de Figueres:




dimanche 17 septembre 2017

Le Concile Cadavérique

Imaginons un peu la scène : le pape Etienne VI envoie ses hommes déterrer son prédécesseur, l'illustre Formose, qui somme toute a fait la seule erreur de conférer la couronne impériale de l'empire de Charlemagne à un Carolingien, roi de Germanie, et non un puissant de la famille des Spolètes, comme l'aurait voulu en effet Etienne VI, -disons, pour faire court: mauvais choix politique!- dans le but de juger et condamner le pauvre Formose, du moins son cadavre, de ses prises de position passées. Du temps où il était en vie, donc.

Etienne VI, mort ou vif, cela lui était égale. Il fait donc déterrer l'ancien pape. Et s'ouvre ce que l'on appelle pour l'histoire Le Concile Cadavérique. Formose en décomposition avancée se voit attribué un clerc pour répondre à sa place à ses accusateurs. On le dénigre, on le calomnie. Le pauvre clerc qui n'a aucun intérêt à trop défendre l'accusé post-mortem en fait le moins possible. Et bien sûr ce qui devait arriver arriva, la pauvre momie fut jugée coupable. En même temps, comme dirait l'autre, Etienne VI ne l'a pas déterrée pour qu'elle soit innocentée. Cela aurait été contre-productif.

Dans le détail, on en sait peu, car tous les actes du procès seront brûlés.

Par la suite donc, toutes les décisions prises du vivant de Formose sont abrogées et le pauvre pape défunt est jugé illégitime. On dépouille la dépouille des insignes pontificaux avec lesquels elle avait été enterrée, on en profite pour amputer les doigts du mort qui lui servaient à bénir. Un travail vite fait bien fait. On exhume Formose une seconde fois, puis Etienne VI trouve que c'est déjà lui accorder trop d'honneur, donc on le déterre encore et on le jette dans le Tibre.

Après cette profanation, Etienne VI subira la colère du peuple de Rome qui finira par le lyncher. Et la momie sera récupérée par de saints pêcheurs, et on lui organisa des funérailles solennelles.

Une année plus tard, voulant apprendre de ses erreurs passées, l'Eglise, en toute logique, stipulera l'interdiction stricte d'intenter un procès à un défunt... Toute une année après quand même!

Source. Dinosoria.


Photo prise au petit palais de Paris. Jean-Paul Laurens, Le Pape Formose et Etienne VI, (1870)


vendredi 8 septembre 2017

Sur les pas de "Papa" Hemingway

Ambulancier sur le front italien lors de la Première Guerre Mondiale au cours de laquelle il sera gravement blessé, soldat des Brigades Internationales pendant la guerre civile espagnole, aux côtés notamment de John Dos Passos, écrivain, bien sûr, de la génération perdue dans le Paris des années folles, avec Fitzgerald, Gertrud Strein ou encore Ezra Pound, Ernest Hemingway n'aura eu de cesse en effet de parcourir l'histoire de notre vingtième siècle et de laisser, là où ses pas l'ont porté, une empreinte que nous nous proposons alors de suivre. Petit tour d'horizon dans le souvenir de « Papa » Hemingway.

Stresa. Italie : en convalescence, à la suite de sa blessure lors des combats sur le font italien, Hemingway découvre le Lac Majeur. C'est au lendemain du conflit qu'il séjournera au Grand Hôtel des îles Borromées, un magnifique palace de la Belle Epoque, où il écrira l'un de ses grands textes, L'Adieu aux armes. (Source. Le Figaro)

Tanger. Maroc : comme Pierre Loti, Delacroix, Samuel Beckett, Truman Capote, Paul Morand, les Beattles, Paul Bowles ou William Burroughs, Ernest Hemingway est venu, pour y siroter un thé à la menthe, au café Haffa, célèbre institution de Tanger, où la terrasse en escalier domine, tout à l'ombre des pins parasols, la Méditerranée et la lumière sur le détroit de Gibraltar. (Source. L'Humanité)

Valence. Espagne : C'est en compagnie d'Orson Welles qu'Hemingway, lors de son séjour espagnol, entre une corrida et une paëlla, allait au cinéma Metropol de Valence. (Source. Visitvalencia)

Paris. France : On sait combien l'écrivain était attaché à la ville des lumières, et nombreux sont les restaurants et les cafés, aujourd'hui encore, qui rappellent le passage d'Hemingway, mais c'est sans doute la fameuse librairie Shakespeare and Coe, 12 rue de l'Odéon, qui lui était la plus chère. Librairie créée en 1919, spécialisée en littérature anglo-saxonne, c'est ici qu'il découvrira Tolstoï, Tourgueniev, Joyce, D. H. Lawrence, Stendhal et Flaubert, enfin, sur les conseils de Pound.

Barcelone. Espagne : Dans le quartier canaille del Raval, c'est au Bar Marsella qu'Hemingway, Dali et Picasso venaient en soirée boire leur verre d'absinthe qui a fait la réputation de cette institution, là encore, de Barcelone. Les bouteilles des clients d'un siècle passé, alignées le long des murs défraîchis, le souvenir d'une époque bohème où la ville avait encore ce je-ne-sais-quoi d'inquiétant confèrent au lieu un charme suranné d'éternité. (Source. BonspansdeBarcelone)

Venise. Italie : Dans Au-delà du fleuve et sous les arbres, Hemingway raconte son voyage à Venise, étape incontournable du Grand Tour européen que nombre d'artistes et d’intellectuels, déjà du temps de Goethe, accomplissaient. A l'angle de la Calle delle Ostreghe, la Chiesa di Santa Maria del Giglio, Sainte Marie du Lys à la façade baroque spectaculaire, ne manquait pas d'impressioner Hemingway qui la comparait à une avion de chasse P-47, « belle construction compacte, prête à s'envoler. » (Source. Le Figaro)

La Havane. Cuba : Entre 1932 et 1939, c'est à Ambos Mundos, dans la chambre 551, qu'Hemingway logeait lorsqu'il se rendait à La Havane, petit hôtel modeste de quatre étages datant de 1924, entre las calles Obispo et Mercaderes. (Source. Atlantico)


Photo du Bar Marsella de Barcelone.


dimanche 27 août 2017

Le Vésuve, dernier dieu antique

Nul autre que le peuple napolitain n'est aussi familier à l'idée de la mort. Ils vivent tous, courent, lézardent au soleil, vendent et dépensent au plus près de son souffle, dans le périmètre défini de son ombre. Cette ombre au-dessus de la foule bruyante est celle du Vésuve, le dernier dieu antique auquel les hommes croient encore. Ils en ont fait des idoles, des images sacrées; ils parlent de sa fureur en chuchotant, fascinés par sa puissance. Ils le gravissent quelques fois de la même manière qu'ils feraient un pèlerinage. Ils connaissent depuis des millénaires la violence dont il est capable mais n'ont jamais hésité à habiter ses flancs dans l'espoir que le dieu Vésuve ne grondera pas dans cette vie mais dans une autre. A la nuit tombée, il disparaîtrait dans l'ombre si les lueurs des hommes qui scintillent comme les torches de quelque Vestale ne laissaient apparaître en retour sa gigantesque silhouette. Tous redoutent l'instant où il élèvera la voix, déçus pourtant qu'il demeure muet depuis tant d'années. Le matin, la baie de Naples est écrasée de lumière, de cette lumière que l'on retrouve dans les récits d'Homère, de cette lumière si blanche, si grande que nul ne peut, du bord de mer, regarder le Vésuve droit dans les yeux, devenu, avec les îles qui le bordent, une gorgone évanescente désormais, voilée derrière cette immense masse bleutée que le soleil et la mer font naître ensemble dans la fumée du port de Naples.

Le Vésuve est le dernier des dieux antiques.

A ses pieds, les hommes font l'expérience de leur mortalité, de leur misère. La mort peut arriver prochainement, non pas demain mais bien dans l'après-midi, comme disait Proust. Et c'est de cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête que les Napolitains sont devenus ce qu'ils sont. Exubérants, exacerbés, passionnés. Rares sont les peuples qui jouissent d'autant de vie. Simplement parce qu'ils savent la mort tout près.
Tout, là-bas, est plus baroque qu'ailleurs simplement parce que le Vésuve regarde et qu'aucun d'entre nous ne peut tout à fait soutenir son regard.


lundi 24 juillet 2017

Tout en haut du mont Saint-Clair

Face à soi, le galbe du mont Saint-Clair; entre les étangs et la mer, la route sillonne le lido languedocien. Toutes fenêtres ouvertes, l'air chaud qui siffle dans les oreilles et le chant des cigales qui fait trembler l'air.
Au-delà de la montagne, l'impression de vide. Encore une fois, donc, une ville au bout du monde. Déjà au loin, on entend Sète s'étirer aux aurores, remuer lentement: les ponts s'élèvent, les bateaux passent. Le grand canal écrasé sous le soleil du Midi.

Là-bas, quelque part entre Saint-Clair, Frontignan ou Palavas-les-Flots, tout semble plus vrai. Les couleurs et les odeurs plus nombreuses. Surtout, c'est une région où le vent a encore quelque chose à dire.

Et on commence à se perdre dans les ruelles en pente, et la mer apparaît lentement. Le soleil, toujours lui, ne se contente plus de briller; maintenant, il cogne. Et l'immense masse bleutée au pied de Saint-Clair renvoie à la lumière la lumière.

Au détour de quelque hauteur, le cimetière marin, enfin. Les morts ne gisent pas seulement, ils observent, ils contemplent. Ils ont pour l'éternité l'horizon jamais arrêté et la mer, la mer, toujours recommencée. L'enfant du pays s'y repose aussi, murmurant à la Méditerranée se prélassant ces quelques vers que le vent reprend et répète:

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée!
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!

Le Cimetière Marin. Paul Valéry

Photo du cimetière marin de Sète:


La Franqui: bout du monde

               Je connaissais un peu ce petit coin de terre battu par les vents, caressé par la mer. Cette immense plage déserte où l’eau s’...